La Biennale de Sculptures de Genève connaît sa première édition cet été, dans le majestueux Parc des Eaux-Vives. Elle fait suite à l’initiative d’artgenève de présenter des sculptures dans l’espace public, sur le Quai Wilson, pendant la foire et dans ce même parc à l’été 2016. Il s’agit, pour la scène artistique de Genève, de proposer une seconde date à inscrire dans le calendrier international des manifestations d’art contemporain et, pour le public, d’une offre gratuite pendant la période estivale.


L’exposition est conçue comme un parcours, une invitation à la promenade dans le Parc, pour découvrir des productions artistiques contemporaines. Celles-ci ont été disposées comme autant de rencontres offertes au promeneur, soit en dialogue avec le paysage soit en contraste avec celui-ci, par l’irruption de thématiques urbaines. On y découvre en effet aussi bien un champignon géant et un arbre foudroyé en bronze, que des cabines téléphoniques détournées de leur fonction et une soucoupe volante… 14 œuvres viennent ainsi habiter, le temps d’un été, les allées et les prés, les bosquets et les clairières d’un parc paysagé cher aux Genevois.es.


Le comité d’organisation de l’exposition a souhaité que la manifestation ait une dimension institutionnelle et publique différente des prémisses qui ont conduit à son émergence. Ainsi, plusieurs œuvres proviennent de collections publiques et plusieurs projets ont fait l’objet d’une production spécifique. En outre, des performances viennent animer la manifestation dans sa durée et proposer des formes qui ont plus à voir avec l’éphémère que la sculpture monumentale. Enfin, un programme de médiation est proposé pour le public qui souhaite approfondir les découvertes qu’il aura faites sur son parcours.

Bonne visite!

Lionel Bovier
Directeur du MAMCO et commissaire de la Biennale 2018

A propos

Max Bill

pavillionskulptur II, 1969
Bois, courtoisie de la Max Bill Stiftung

Max Bill est sans conteste l’artiste suisse le plus connu de l’après-guerre; il représente également le modèle d’un artiste complet, actif dans l’enseignement, l’architecture, le design et la politique culturelle. Le choix de présenter cette «cabane» à Genève, repose sur le souhait de modifier la perception de ses œuvres publiques. La possibilité de s’asseoir, de trouver une forme d’hospitalité dans cette structure simple, géométrique et typique de l’art concret ouvre une dimension inédite dans la réception du travail de Bill.

artistes 2018

Sam Falls

Untitled, 2015
Terrazzo et acier, courtoisie de la galerie Eva Presenhuber (Zurich)

L’œuvre présentée du jeune artiste américain décrit dans son sous-titre ses différentes actions supposées: pavillon de soin, elle est censée procurer calme et équilibre, sommeil reposant et amélioration du système endocrinien aussi bien que des fonctions rénales, mais aussi d’aider à l’organisation mentale, soulager le stress et les blocages d’écriture, convoquer la franchise et l’amour inconditionnel… Avec une évidente élégance formelle, l’artiste propose au visiteur de faire l’expérience de ce double banc, qui invite au dialogue aussi bien qu’au regard intérieur de la culture ésotérique.

artistes 2018

Carsten Höller

Giant Triple Mushroom, 2018
Polyester, résine, métal et peinture, courtoisie de la galerie Continua (Italie/France/Chine/Cuba)

Agrandissement de répliques de plusieurs champignons différents, ce collage tridimensionnel de grand format est une œuvre de l’allemand Carsten Höller, connu pour son intérêt pour les phénomènes de perception et de modifications de conscience. La pièce fait référence à plusieurs hypothèses avancées dans les années 1960 qui articulent l’évolution de l’homme à la consommation de champignons contenant des substances psychotropes et qui seraient responsables de la plasticité du cerveau humain.

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Anita Molinero

Cabines téléphoniques, 2010
Cabines téléphoniques de modèle France Télécom modifiées, poubelles de ville, collection MAMCO, don de l’artiste

L’artiste française s’intéresse dans sa pratique sculpturale à la modification d’éléments présents dans l’environnement urbain et de rencontres paradoxales de techniques: ici de la cabine fonctionnelle et manufacturée dans laquelle est insérée un élément trivial et déformé, de la technologie et du rebut, du vocabulaire formel et de la fonctionnalité.

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Elmgreen & Dragset

Temporary Art Museum/Powerless Structures Fig. 110, 2001
Acier, aluminium, plexiglass, bois, EFG Art Collection (Lugano)

Le duo scandinave est connu pour ses installations provocantes et souvent monumentales: il a construit une boutique Prada en plein désert en 2005, «noyé» un collectionneur dans sa piscine à la Biennale de Venise en 2009 et présenté un stand de galerie dans le Grand Palais vide, une semaine avant la FIAC 2016… Cette pratique de l’irrévérence et de l’ironie se veut une forme de questionnement du milieu de l’art et de ses institutions. La sculpture présentée, qui fait partie de la série de «structures inefficaces», propose ainsi un prototype de musée dans une cabine de plage.

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Ugo Rondinone

Flower Moon, 2011
Aluminium moulé et peint, courtoisie de la galerie Esther Schipper (Berlin)

L’artiste suisse réalise, depuis les années 1990, des œuvres dont la perfection de production cache une dimension nostalgique et romantique et qu’il assemble dans ses expositions comme autant d’éléments scéniques pour créer un état sentimental particulier. La série de pièces moulées en aluminium évoque un arbre foudroyé ou desséché par un phénomène naturel, tout en fascinant par son ambivalence entre nature et artifice.

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Rasheed Araeen

Untitled, 1995/2018
Aluminium peint, courtoisie de l’artiste

Alors que le MAMCO accueille cet été la première rétrospective internationale dédiée à l’artiste pakistanais Rasheed Araeen, nous voulions proposer au public une activation publique de l’une de ses «structures», méditation géométrique sur la forme qu’il réalise depuis la fin des années 1960. L’artiste a proposé de recréer cette œuvre en résonnance avec son premier contexte d’apparition, puisqu’elle a été réalisée pour une manifestation organisée aux Nations Unies par Adelina von Fürstenberg à Genève il y a plus de vingt ans. Idéalement, son destin serait ensuite d’entrer dans les collections publiques genevoises, tant elle est désormais liée avec ces lieux.

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Mai-Thu Perret

Organs, 2018
Bronze, courtoisie de l’artiste et de la galerie Francesca Pia (Zurich)

Mai-Thu Perret, artiste suisse d’origine franco-vietnamienne et vivant à Genève, a su développer une pratique qui traverse les disciplines (de la sculpture au film, en passant par la céramique et la performance), multiplie les référents (des mouvements avant-gardistes du 20e siècle aux philosophies orientales) et fusionne les méthodologies (faisant usage de ses études littéraires aussi bien que de ses expériences curatoriales). Ajoutant, année après année, de nouveaux corpus à son travail comme autant de chapitres d’une fiction concrète, existentielle, Mai-Thu Perret fait bien plus que d’excaver des éléments du modernisme: elle les réinscrit dans notre présent, leur conférant le rôle d’embrayeurs narratifs à disposition des spectateurs. Ainsi, les organes en bronze qui sont exposés dans le parc (un cœur, des poumons et un utérus) jouent à la fois le rôle de représentations intimes du corps et de cloches rituelles, invitant les visiteurs à penser différemment leur rapport à la physiologie et au lieu.

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Louise Nevelson

Maquette for Transparent Horizon, 1972-1973
Luminium peint, courtoisie PACE Gallery (New York/Genève)

Déjà implantée dans le Parc de façon temporaire, la sculpture de Calder offre un bon exemple des «Stabiles» que l’artiste, surtout célèbre pour ses «mobiles», a réalisé au fil des décennies. L’ajout d’une sculpture de la même époque de Louise Nevelson offre un contrepoint au modernisme classique de l’américain. Les deux œuvres font en effet référence à la transformation par un langage plastique de représentations naturalistes, qu’il s’agisse d’un «soleil sur la montagne» ou de «la transparence de l’horizon».

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Alexandre Calder

Le soleil sur la montagne, 1973
Tôle peinte, collection FMAC

Par l’ampleur et la richesse de son œuvre, l’artiste renouvelle la manière d’aborder et de pratiquer la sculpture au 20ème siècle. L’épure et la simplicité du langage sont au service de son imagination débordante, aussi fertile que celle d’un enfant. Entré dans la collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC) en 1984, cet imposant stabile au titre évocateur illustre la fascination qu’avait l’artiste pour le cirque, autant par sa fantaisie que ses jeux d’équilibre. Cette sculpture constituée de tôle d’acier rivetée – matériau brut repris du domaine de l’industrie – et de formes dont la sobriété côtoie l’abstraction, évoque le paysage uniquement par des courbes et contrecourbes noires, à l’image d’un dessin dans l’espace. Placée de manière pérenne, elle s’intègre avec sensibilité à l’architecture et à l’espace public alentour.

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Subodh Gupta

Giant Leap of Faith, 2008
Acier anodisé, collection privée

Pour Gupta, qui représente depuis plus d’une décennie le dynamisme de la scène artistique indienne, il s’agit toujours, à l’image de ses contemporains chinois Ai Weiwei ou Chen Zhen, de mélanger une forme culturelle occidentale (ici, par exemple, la Colonne sans fin de Constantin Brancusi) et des objets inscrits dans des usages ethniques traditionnels (le seau et le métal anodisé). La rencontre des deux univers produit ces formes synthétiques, hybrides qui essaiment le travail de l’artiste, mais aussi notre société globalisée.

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Takis

 *1925, GR
Signal, 1974-1980
500 × 130 × 130 cm
Bronze et acier
Collection MAMCO (ancienne collection AMAM), don M. Georges Embiricos

Cette importante sculpture de l’artiste grec Takis a été donnée à l’AMAM en 1983 et transmise au MAMCO à son ouverture. Sa taille exclut pourtant qu’elle soit exposée au sein du musée. L’opportunité de la présenter dans le Parc, puis, après la Biennale, de lui trouver un emplacement public, fait donc partie d’une politique patrimoniale concertée. Takis a choisi d’explorer dans son œuvre l’énergie des champs magnétiques. Dans la proximité de ses contemporains du Nouveau Réalisme, il intègre à sa démarche le mouvement, la lumière, la musique, combinés à l’usage des aimants. Expérimentateur infatigable, Takis n’a cessé de combiner des références allant de la sculpture archaïque grecque aux objets de rebut de la technologie. L’œuvre présentée ici, de la série des «Signaux» évoque parfaitement cette alliance du naturel et du technologique, de la forme classique et de la modernité.

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Oscar Tuazon

A Lamp, 2012
Profil métallique, coque, béton et lampes, courtoisie de la galerie Eva Presenhuber (Zurich)

L’artiste américain développe un travail à mi-chemin entre la sculpture et l’architecture, entre l’habitat et la ruine, reprenant à son compte à la fois les principes de l’art minimal et du Land Art. Après avoir travaillé pour le studio d’architecture de Vito Acconci, il met en place son vocabulaire personnel à travers des œuvres qui excèdent volontiers les limites des espaces d’exposition ou renvoient à un hors champ de l’art. L’artiste a logiquement été invité à participer à de nombreux projets dans l’espace public. Son œuvre exposée à Genève l’a ainsi d’abord été à Zurich, où elle fut produite comme un improbable éclairage et point de ralliement urbain.

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Sylvie Fleury

Olvaria, 2008
Soucoupe volante en résine synthétique peinte, collection privée.

Accueillant les visiteurs à l’entrée du bâtiment d’art contemporain lors de la très populaire rétrospective de l’artiste genevoise au MAMCO, les soucoupes volantes sont d’un modèle unique, inspiré de la science-fiction américaine, et de finitions différentes, calquées sur les teintes de vernis à ongles. Comme dans l’ensemble des projets de Sylvie Fleury, cette synthèse de vocabulaires hétérogènes et cette  customisation féminin » d’éléments de la culture invitent à une forme inédite de critique du canon moderniste.

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